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QUATUOR JOHANNES Hanns Eisler : Quatuor à cordes. Anton Webern : 5 Mouvements op. 5. Alexander Zemlinsky : 2 e Quatuor à cordes op. 15. On trouvera difficilement plus judicieuse synthèse de l'école de Vienne via le quatuor à cordes que ce panorama en trois volets très complémentaires. L'étendue du phénomène y est perceptible à travers l'identité de compositeurs qui ont diversement étudié avec Schoenberg : Zemlinsky (beau-frère), Eisler (élève) et Webern (disciple). De même qu'à travers les dates de création des œuvres - 1909 (Webern), 1915 (Zemlinsky) et 1937 (Eisler) - et les langages qu'elles investissent - atonal (Webern), tonal (Zemlinsky) et dodécaphonique (Eisler). Dans un tel contexte, Eisler est le plus surprenant. Dense et sophistiquée, l'écriture de son quatuor n'a presque rien à voir avec celle que l'on associe généralement à l'auteur des Quatorze manières de décrire la pluie. Mais le pouvoir d'attraction de cette page d'exil doit beaucoup à l'interprétation flamboyante des Johannes. Moins palpitante, leur version de l'opus 5 de Webern sacrifie quelque peu au culte du laconisme radical alors que l'urgence expressionniste ne doit pas annihiler toute respiration humaine. Celle-ci est idéalement dosée au service du 2 e Quatuor de Zemlinsky, une œuvre complexe mais attachante qui, par ses contours mélodiques autant que par son drame latent, s'impose comme la plus viennoise de ce programme. Pierre Gervasoni |
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En réunissant dans un même disque Eisler, Webern et Zemlinsky, le quatuor Johannes signe l'un des plus beaux disques consacrés à la Seconde École de Vienne. "Seul peut comprendre ces pièces le croyant pour qui la musique est le moyen d'exprimer ce qui n'est exprimable qu'en musique".* Schoenberg, pour la préface des "Six bagatelles pour quatuor à cordes opus 9" de Webern, aurait sans doute pu démontrer l'originalité d'une écriture et faire oeuvre d'analyse. Mais il préfère évoquer la question de la relation entre l'auditeur l'oeuvre et la place de la musique dans l'imaginaire, ce pays surprenant où les hommes se retrouvent parfois lorsqu'ils prennent le temps de communier. La musique de la Seconde École de Vienne, et singulièrement les pièces présentes sur ce disque, fonctionne comme un trait d'union entre une certaine corporalité et la sophistication du langage, cette curieuse cartographie du monde, ses références à la culture ancienne et son monde de signes. Le corps, cet objet encombrant qu'on voudra plus tard faire disparaître derrière les formes, est plus que jamais à l'oeuvre. D'où sans doute la difficulté à jouer cette musique structurellement complexe. Mais qu'un ensemble comme le Quatuor Johannes s'en empare et sa simplicité fondamentale ressurgit. Une affaire de respiration, probablement. Une affaire de corps sans aucun doute… * Le style et l'idée, Buchet/Chastel |
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